{
  "chapter": 13,
  "lang": "fr",
  "verses": [
    {
      "id": "13.1",
      "translation": "La nature et la personne, le champ et le connaisseur du champ, la connaissance et ce qui doit être connu : je désire comprendre cela, ô Keshava.",
      "explanation": "Arjuna ouvre ce chapitre en demandant à Krishna d'expliquer trois paires de notions : la nature (prakṛti) et la personne ou soi conscient (puruṣa), le champ (kṣetra, le corps et son monde) et celui qui le connaît (kṣetrajña), puis la connaissance (jñāna) et ce qui doit être connu (jñeya). La réponse de Krishna suit dans les versets suivants. Certaines traditions manuscrites omettent ce verset, si bien que, dans certaines éditions, le chapitre 13 commence avec le verset suivant."
    },
    {
      "id": "13.2",
      "translation": "Ce corps, fils de Kunti, est appelé « le champ », et ceux qui savent cela appellent « connaisseur du champ » celui qui le connaît.",
      "explanation": "Krishna répond à la question d’Arjuna du verset précédent et commence à définir les termes. Le corps, lieu où se déroulent l’expérience et l’action, est le « champ » (kṣetra) ; celui qui en est conscient est le « connaisseur du champ » (kṣetrajña). Ici, le connaisseur est le témoin conscient intérieur ; le verset suivant dit comment Krishna se rapporte à lui."
    },
    {
      "id": "13.3",
      "translation": "Sache aussi que je suis le connaisseur du champ dans tous les champs, descendant de Bharata. La connaissance du champ et de son connaisseur : voilà, selon moi, la vraie connaissance.",
      "explanation": "Krishna poursuit son enseignement à Arjuna à partir du verset précédent, où le corps est appelé « champ » (kṣetra) et celui qui le connaît « connaisseur du champ » (kṣetrajña). Il dit ici qu'il est le connaisseur dans tous les champs, et que comprendre le champ et son connaisseur est la vraie connaissance (jñāna). Les traditions advaita y voient l'unité du soi individuel avec le Suprême ; les traditions dévotionnelles (vaishnavas) y voient le Seigneur résidant en chaque être comme témoin intérieur, distinct du soi individuel."
    },
    {
      "id": "13.4",
      "translation": "Écoute-moi brièvement au sujet de ce champ : ce qu'il est, quelle est sa nature, quelles sont ses transformations, d'où il provient ; et aussi qui est celui qui le connaît et quel est son pouvoir.",
      "explanation": "Krishna vient de définir le champ (kṣetra, le corps et le monde vécu) et le connaisseur du champ (kṣetrajña, le soi conscient qui le connaît). Ici, il annonce un enseignement bref qui répondra point par point : ce qu'est le champ, sa nature, ses transformations (vikāra), son origine, puis qui est le connaisseur et quel est son pouvoir. Les traditions divergent sur la question de savoir si le connaisseur est ultimement le soi individuel ou le Soi unique, mais le verset ne fait qu'énumérer les sujets."
    },
    {
      "id": "13.5",
      "translation": "Les sages l'ont chanté de bien des manières, dans des hymnes variés et distincts, et aussi dans les paroles des sutras sur le Brahman, raisonnées et concluantes.",
      "explanation": "Krishna vient de promettre d'expliquer le champ (kṣetra, le corps et sa constitution) et celui qui le connaît. Il dit ici que cet enseignement n'est pas nouveau : les voyants l'ont exprimé de bien des façons, dans les divers hymnes védiques (chandas) et dans les formules raisonnées et décisives des sutras sur le Brahman (brahmasūtra-pada). Certains commentateurs comprennent ces « brahma-sutra-padas » comme le texte védantique de ce nom, tandis que d'autres y voient plus largement des énoncés upanishadiques sur le Brahman."
    },
    {
      "id": "13.6",
      "translation": "Les grands éléments, le sens du « moi », l'intellect et aussi le non-manifesté ; les dix sens et le onzième, le mental, ainsi que les cinq objets des sens…",
      "explanation": "Krishna explique de quoi se compose le « champ » (kṣetra), c'est-à-dire le corps et la nature dont il est fait, et il en énumère les parties à la manière du Sāṃkhya. Ce sont les cinq grands éléments (mahābhūta), le sens du « moi » (ahaṅkāra), l'intellect (buddhi), le non-manifesté (avyakta), les dix sens (cinq de connaissance et cinq d'action), le mental et les cinq objets des sens (son, toucher, forme, saveur, odeur). Les commentateurs diffèrent sur le non-manifesté : les uns y voient la nature primordiale (prakṛti), les autres le pouvoir causal, semblable à une graine, d'où le monde se déploie. La phrase se poursuit dans le verset suivant."
    },
    {
      "id": "13.7",
      "translation": "Le désir, l'aversion, le plaisir et la douleur, le corps comme agrégat, la conscience et la fermeté : voilà, en résumé, le champ avec ses transformations.",
      "explanation": "Krishna achève son résumé du « champ » (kṣetra), c'est-à-dire le corps et tout ce qui est vécu et que le connaisseur observe. Après les éléments, les sens et le mental du verset précédent, il ajoute des états intérieurs : désir (icchā), aversion (dveṣa), plaisir, douleur, le corps comme composé (saṅghāta), conscience (cetanā) et fermeté ou résolution (dhṛti), et les « transformations » (vikāra) signifient que tout cela change. Les traditions divergent sur cetanā, fonction mentale pour les unes, reflet de la conscience dans le mental pour les autres, mais toutes s'accordent à dire qu'elle appartient au champ et non au connaisseur."
    },
    {
      "id": "13.8",
      "translation": "Absence d'orgueil, absence d'hypocrisie, non-violence, patience, droiture, service du maître, pureté, constance, maîtrise de soi…",
      "explanation": "Après avoir décrit le « champ » (kṣetra, le corps et le mental), Krishna commence une liste de qualités qu'il appelle connaissance (jñāna). La liste se poursuit dans les versets suivants. Cette première partie comprend l'humilité, la sincérité, la non-violence (ahiṃsā), la patience, la droiture, la dévotion au maître, la propreté intérieure et extérieure (śauca), la constance et la maîtrise de soi. Les traditions divergent : pour certaines, ces qualités sont la connaissance même ; pour d'autres, elles sont le fondement qui rend possible la connaissance du soi."
    },
    {
      "id": "13.9",
      "translation": "Le détachement à l'égard des objets des sens, et aussi l'absence d'ego ; voir sans cesse la souffrance et le mal qu'il y a dans la naissance, la mort, la vieillesse et la maladie…",
      "explanation": "Krishna poursuit la liste des qualités qui constituent la connaissance (jñāna), commencée au verset précédent. Il nomme ici le détachement (vairāgya) envers les plaisirs des sens, l'absence d'ego (ahaṅkāra) et une conscience constante de la douleur et des limites liées à la naissance, à la mort, à la vieillesse et à la maladie. Les commentateurs divergent sur ce dernier point : certains y voient la souffrance comme le défaut de ces états, d'autres y voient à la fois le défaut et la souffrance. Dans les deux cas, il s'agit de relâcher l'attachement, non d'encourager la tristesse."
    },
    {
      "id": "13.10",
      "translation": "Le non-attachement, le fait de ne pas s'accrocher aux enfants, à l'épouse, à la maison et au reste ; et une constante égalité d'esprit face à ce qui arrive, souhaité ou non…",
      "explanation": "Krishna poursuit la liste des qualités qui constituent la vraie connaissance (jñāna). Il nomme ici le non-attachement (asakti) et l'absence d'identification excessive (anabhiṣvaṅga) à la famille et au foyer, ce qui ne signifie pas les négliger. Il ajoute un esprit stable et égal (samacittatva), que les événements soient agréables ou désagréables. La liste se poursuit dans le verset suivant."
    },
    {
      "id": "13.11",
      "translation": "Une dévotion inébranlable envers moi par un yoga d’attachement exclusif ; le goût des lieux retirés ; et l’absence de plaisir dans les foules…",
      "explanation": "Krishna poursuit la liste des qualités qui, au chapitre 13, constituent la connaissance (jñāna). Il cite ici la dévotion (bhakti) sans partage envers lui, le goût des lieux solitaires et l’absence de plaisir dans les réunions mondaines, tout cela favorisant un esprit stable et tourné vers l’intérieur. Les traditions diffèrent dans l’accent : les écoles dévotionnelles voient la bhakti comme le cœur de la liste, tandis que les lectures advaita y voient une dévotion qui mûrit en connaissance du Soi. La phrase se poursuit dans le verset suivant."
    },
    {
      "id": "13.12",
      "translation": "La constance dans la connaissance du soi, et le fait de garder en vue le but de la connaissance de la vérité : voilà ce qu’on déclare être la connaissance. Tout ce qui en diffère est ignorance.",
      "explanation": "Krishna conclut ici la liste des qualités qu’il appelle « connaissance » (jñāna), commencée quelques versets plus tôt. Les deux derniers éléments sont l’application constante à connaître le soi (adhyātma) et le fait de garder en vue le but de la connaissance de la vérité (tattva). Il définit ensuite comme ignorance (ajñāna) tout ce qui diffère de cette liste. Les traditions divergent sur ce « but » : pour les lecteurs advaita, c’est la libération par la connaissance du Soi ; pour les lecteurs dévotionnels, la réalisation de Dieu."
    },
    {
      "id": "13.13",
      "translation": "Je vais t'expliquer ce qui doit être connu, ce qui, une fois connu, fait atteindre l'immortalité : le Brahman suprême, sans commencement, dont on dit qu'il n'est ni être ni non-être.",
      "explanation": "Après avoir décrit les qualités qui constituent la connaissance (jñāna), Krishna passe à l’objet de cette connaissance (jñeya) : le Brahman suprême, la réalité ultime, dont la connaissance donne l’immortalité (amṛta), c’est-à-dire la libération du cycle des morts et des renaissances. Dire qu’il n’est ni « être » (sat) ni « non-être » (asat) signifie qu’il échappe aux catégories ordinaires de la pensée et du langage. Les traditions divergent sur les mots « anādimat param » : l’Advaita lit « le Brahman suprême, sans commencement », tandis que le Viśiṣṭādvaita lit « le Brahman sans commencement, dont je suis le Suprême », c’est-à-dire l’âme individuelle subordonnée à Dieu."
    },
    {
      "id": "13.14",
      "translation": "Partout il a des mains et des pieds ; partout, des yeux, des têtes et des visages ; partout, des oreilles. Dans le monde il demeure, enveloppant toute chose.",
      "explanation": "Krishna continue de décrire ce qui doit être connu (jñeya), le Brahman suprême évoqué dans le verset précédent. Les mains, les pieds, les yeux et les oreilles partout sont une image : tout acte, tout déplacement, toute vision et toute écoute chez n'importe quel être reposent sur cette réalité unique qui imprègne toute chose. Les traditions divergent : les lectures advaita y voient le Soi unique et sans forme apparaissant dans tous les êtres, tandis que les lectures dévotionnelles y voient la présence omniprésente du Seigneur personnel."
    },
    {
      "id": "13.15",
      "translation": "Il se manifeste par les fonctions de tous les sens, et pourtant il est dépourvu de tous les sens. Sans attachement, il soutient pourtant toute chose ; sans gunas, il fait pourtant l’expérience des gunas.",
      "explanation": "Krishna poursuit la description du Brahman, la réalité à connaître (jñeya), commencée au verset 13.13. Il emploie des paradoxes apparents : le Brahman semble agir par les sens (indriya) sans en posséder, il est sans attachement (asakta) et pourtant soutient tout, et il n’a pas de gunas (les trois qualités constitutives de la nature : sattva, rajas et tamas) mais en fait l’expérience. Les traditions divergent : l’Advaita y voit des qualités qui ne font qu’apparaître sur une réalité sans qualités, tandis que les écoles théistes y voient la présence réelle de Dieu dans la nature, sans qu’il y soit lié."
    },
    {
      "id": "13.16",
      "translation": "Il est à l'extérieur et à l'intérieur des êtres ; il est immobile et aussi mobile. À cause de sa subtilité, il ne peut être saisi ; il est lointain, et pourtant proche.",
      "explanation": "Krishna poursuit sa description du Brahman, « ce qui doit être connu » (jñeya), la réalité ultime. Par des paires d'opposés (extérieur et intérieur, immobile et mobile, loin et près), il montre qu'il est présent partout et qu'aucune description ne le limite. Il échappe à la connaissance ordinaire à cause de sa subtilité (sūkṣmatva). Les traditions divergent : l'Advaita y voit la réalité unique sous les apparences, tandis que les écoles théistes y voient la présence de Dieu, qui imprègne le monde tout en le transcendant."
    },
    {
      "id": "13.17",
      "translation": "Non divisé, il demeure dans les êtres comme s’il était divisé. Il est ce qui doit être connu : le soutien des êtres, celui qui les engloutit et les fait naître.",
      "explanation": "Krishna poursuit la description du connaissable (jñeya), le Brahman, la réalité suprême. Il est un et entier, bien qu'il paraisse réparti entre de nombreux êtres distincts. On le décrit comme celui qui soutient les êtres, les dissout et les fait naître de nouveau. Les traditions divergent sur l'origine de cette division apparente : les unes y voient une simple apparence, les autres une diversité réelle au sein d'une seule réalité."
    },
    {
      "id": "13.18",
      "translation": "On dit qu’il est la lumière de toutes les lumières, au-delà de l’obscurité. Il est connaissance, ce qui doit être connu et le but atteint par la connaissance, établi dans le cœur de chacun.",
      "explanation": "Krishna continue de décrire le Brahman (la réalité suprême), le « connaissable » (jñeya) des versets précédents. Il dit qu’il éclaire même les sources de lumière, comme le soleil, et qu’il est au-delà de l’obscurité, c’est-à-dire de l’ignorance (tamas). Il l’appelle connaissance (jñāna), objet de connaissance et but atteint par la connaissance, résidant dans le cœur de chacun. Les lectures advaita y voient le Soi unique en tous les êtres, tandis que les traditions dévotionnelles y voient le Seigneur comme guide intérieur, distinct de l’âme individuelle."
    },
    {
      "id": "13.19",
      "translation": "Ainsi ont été exposés brièvement le champ, la connaissance et ce qui doit être connu. Mon dévot, en comprenant cela, devient apte à atteindre mon état d'être.",
      "explanation": "Krishna conclut son bref exposé sur le champ (kṣetra, le corps et sa composition), la connaissance (jñāna) et le connaissable (jñeya, la réalité suprême). Il affirme que le dévot (bhakta) qui comprend vraiment cela devient apte à partager sa nature (mad-bhāva). Les traditions divergent sur ce sens : certaines y voient l'unité avec le Suprême, d'autres une proximité aimante avec Krishna qui reste distincte."
    },
    {
      "id": "13.20",
      "translation": "Sache que la nature et l'esprit sont tous deux sans commencement. Et sache aussi que les transformations et les gunas naissent de la nature.",
      "explanation": "Krishna poursuit son enseignement sur le champ et le connaisseur du champ. Il dit que la matière ou nature (prakṛti) et le soi conscient (puruṣa) sont tous deux sans commencement, et que tous les changements (vikāra) ainsi que les trois qualités (guṇa : sattva, rajas, tamas) proviennent de prakṛti. Les traditions divergent sur leur relation : l'Advaita voit en prakṛti le pouvoir d'illusion du Seigneur (māyā), sans commencement mais non ultimement réel, tandis que le Viśiṣṭādvaita et d'autres lectures théistes tiennent les deux pour réels et éternels, prakṛti formant le corps ou la puissance de Dieu."
    },
    {
      "id": "13.21",
      "translation": "On dit que la nature (prakriti) est la cause dans la production des effets et des instruments, et que le purusha est la cause dans l'expérience du plaisir et de la douleur.",
      "explanation": "Krishna explique les deux principes de base du champ et de celui qui le connaît : la nature (prakṛti), source matérielle de tout, et le soi conscient (puruṣa). La nature produit les corps, les sens et les actions, tandis que le puruṣa est celui qui éprouve plaisir et douleur (bhoktṛtva). Certaines lectures comprennent « kārya-karaṇa » comme le corps et les sens, d'autres comme les effets et leurs causes, et les traditions diffèrent sur la relation du puruṣa à la nature ; le verset répartit pourtant les rôles entre agir et éprouver."
    },
    {
      "id": "13.22",
      "translation": "Le purusha, établi dans la prakriti, jouit des gunas nés de la prakriti. Son attachement aux gunas est la cause de ses naissances dans des matrices bonnes et mauvaises.",
      "explanation": "Krishna poursuit son exposé sur le champ et celui qui le connaît. Le soi individuel (puruṣa) est établi dans la nature (prakṛti) et jouit donc des trois qualités (guṇas : sattva, rajas, tamas) qui en naissent. L'attachement (saṅga) à ces qualités conduit à renaître dans des formes de vie supérieures ou inférieures. Les traditions divergent sur la question de savoir si ce puruṣa est l'âme individuelle distincte de Dieu ou, en définitive, identique au Suprême, mais toutes lisent ici l'attachement comme cause de l'asservissement."
    },
    {
      "id": "13.23",
      "translation": "Le Purusha suprême dans ce corps est appelé le témoin, celui qui consent, le soutien, l'expérimentateur, le grand seigneur, et aussi le Soi suprême.",
      "explanation": "Krishna vient d'expliquer comment l'être individuel (puruṣa) se laisse prendre aux gunas de la nature par l'attachement (saṅga). Il décrit maintenant le Purusha supérieur présent dans le même corps, qui observe (upadraṣṭā), consent et soutient sans être lié. Les traditions diffèrent sur son identité : l'Advaita y voit le Soi unique, tandis que les écoles théistes y voient Dieu résidant dans l'âme individuelle."
    },
    {
      "id": "13.24",
      "translation": "Celui qui connaît ainsi le purusha et la prakriti avec les gunas ne renaît plus, quelle que soit sa manière de vivre.",
      "explanation": "Krishna clôt ici la partie de son exposé consacrée au puruṣa et à la prakṛti. Le puruṣa est le soi conscient, la prakṛti la nature ou matière, et les guṇas ses trois qualités : clarté, activité et inertie. Celui qui comprend cette distinction est libéré de la renaissance, quelle que soit sa manière de vivre dans le monde. Les traditions divergent sur le point de savoir si cette connaissance suffit à elle seule à libérer ou si elle doit s'accompagner d'une pratique disciplinée."
    },
    {
      "id": "13.25",
      "translation": "Certains contemplent le Soi en eux-mêmes, par eux-mêmes, grâce à la méditation ; d'autres par le yoga de la connaissance (sankhya), et d'autres encore par le yoga de l'action.",
      "explanation": "Krishna vient de dire que celui qui connaît vraiment l'esprit (puruṣa) et la nature (prakṛti) ne renaît pas. Il énumère ici différentes voies par lesquelles on en vient à voir le Soi (ātman) : la méditation (dhyāna), la discipline de la connaissance (sāṅkhya yoga) et la discipline de l'action désintéressée (karmayoga). Certains commentateurs comprennent ici le sankhya comme le discernement analytique entre le soi et la matière, d'autres le lisent plus largement comme la voie de la connaissance."
    },
    {
      "id": "13.26",
      "translation": "D'autres encore, qui ne connaissent pas cela, l'entendent d'autrui et s'y consacrent avec dévotion. Eux aussi, fidèles à ce qu'ils ont entendu, franchissent bel et bien la mort.",
      "explanation": "Krishna vient d'énumérer des voies pour réaliser le Soi : la méditation, la connaissance (sāṅkhya) et le yoga de l'action (karma-yoga). Il ajoute ici un autre groupe : ceux qui ne parviennent pas seuls à cette compréhension, mais l'entendent d'autrui et la pratiquent avec foi en ce qu'ils ont entendu (śruti). Il assure qu'eux aussi franchissent la mort (mṛtyu), c'est-à-dire le cycle des naissances et des morts."
    },
    {
      "id": "13.27",
      "translation": "Tout être qui vient à l'existence, mobile ou immobile, sache qu'il naît de l'union du champ et du connaisseur du champ, ô meilleur des Bharatas.",
      "explanation": "Krishna poursuit son enseignement sur le champ (kṣetra), c'est-à-dire le corps et la nature, et le connaisseur du champ (kṣetrajña), le soi conscient qui le connaît. Il dit que tout être vivant, mobile ou immobile, naît de l'union de ces deux principes. Les traditions diffèrent sur cette union : l'Advaita y voit un mélange apparent du soi avec la nature, dû à l'ignorance, tandis que les écoles théistes y voient une relation réelle où les deux dépendent de Dieu."
    },
    {
      "id": "13.28",
      "translation": "Celui qui voit le Seigneur suprême présent de manière égale en tous les êtres, impérissable au sein de ce qui périt, celui-là voit véritablement.",
      "explanation": "Krishna poursuit son explication sur le connaisseur du champ (kṣetrajña), la présence consciente derrière chaque corps. Il dit que la vision juste reconnaît en chaque être le même Seigneur suprême (parameśvara), inchangé quand les corps périssent. Les traditions advaita y lisent le Soi unique en tous, tandis que les traditions théistes y lisent Dieu résidant en chaque âme comme son guide intérieur."
    },
    {
      "id": "13.29",
      "translation": "Celui qui voit partout le même Seigneur présent de façon égale ne se nuit pas à lui-même par lui-même, et c'est ainsi qu'il atteint le but suprême.",
      "explanation": "Krishna poursuit la description de la vision juste : celle de qui voit le même Seigneur (īśvara) présent également en tous les êtres. Une telle personne ne se nuit pas à elle-même et atteint le but suprême (parā gati). Les commentateurs expliquent ce « se nuire » de diverses façons : pour les uns, c'est se dégrader soi-même par l'ignorance qui voile sa vraie nature ; pour d'autres, c'est se faire du tort en faisant du mal à autrui, qui n'est pas réellement séparé de soi."
    },
    {
      "id": "13.30",
      "translation": "Celui qui voit que toutes les actions, sans exception, sont accomplies par la seule nature (prakriti), et que le soi n'est pas l'agent, celui-là voit véritablement.",
      "explanation": "Krishna poursuit la description de la vision juste. Après avoir parlé de voir le Seigneur présent partout de manière égale, il dit maintenant que toute action relève de la nature (prakṛti), le champ corps-esprit des trois gunas, tandis que le soi (ātman) n’est pas l’agent (akartṛ). Les lectures advaita y voient un soi entièrement sans action ; les traditions théistes soulignent qu’il n’est pas l’agent indépendant, puisque la nature et le Seigneur agissent à travers lui."
    },
    {
      "id": "13.31",
      "translation": "Lorsqu’on voit l’existence séparée des êtres comme reposant dans un seul fondement, et leur déploiement comme issu de ce même fondement, alors on atteint le Brahman.",
      "explanation": "Krishna décrit ici la vision véritable : les nombreux êtres distincts sont vus comme reposant sur un fondement unique et se déployant à partir de lui, et ce regard est déjà l’atteinte du Brahman (la réalité infinie). Les traditions divergent sur ce fondement : certaines lectures advaita y voient le Soi unique, d’autres la nature matérielle (prakṛti) ou le Seigneur qui soutient tous les êtres."
    },
    {
      "id": "13.32",
      "translation": "Parce qu'il n'a pas de commencement et qu'il est exempt de gunas, ce Soi suprême est impérissable. Bien qu'il demeure dans le corps, fils de Kunti, il n'agit pas et n'est pas souillé.",
      "explanation": "Krishna explique à Arjuna en quoi le Soi (ātman) se distingue du corps et de son activité. Comme le Soi n'a pas de commencement et qu'il est au-delà des trois qualités de la nature (guṇa), il ne change pas et ne périt pas, si bien que les actions du corps ne le souillent pas. Les traditions divergent : « Soi suprême » (paramātman) désigne-t-il le Soi individuel lui-même, comme dans l'Advaita, ou Dieu demeurant en chaque être, comme dans les écoles théistes ?"
    },
    {
      "id": "13.33",
      "translation": "De même que l'espace, qui est présent partout, ne se souille pas à cause de sa subtilité, de même le soi, présent partout dans le corps, ne se souille pas.",
      "explanation": "Krishna poursuit son explication : comme le disait le verset précédent, le soi (ātman) reste intact bien qu'il habite le corps, car il n'agit pas et n'est pas souillé. Il prend l'image de l'espace (ākāśa) : il pénètre tout, mais il est si subtil (saukṣmya) que ni la boue, ni la fumée, ni rien d'autre ne peut s'y attacher. De même, le soi est présent dans tout le corps sans être touché par ses plaisirs, ses peines ou ses actions."
    },
    {
      "id": "13.34",
      "translation": "De même qu'un seul soleil éclaire tout ce monde, de même le maître du champ éclaire le champ tout entier, ô Bharata.",
      "explanation": "Krishna poursuit sa description de la relation entre le connaisseur du champ (kṣetrajña, le soi), ici appelé maître du champ (kṣetrī), et le corps, le « champ » (kṣetra). Après avoir dit que le soi reste intact comme l'espace, il donne l'image du soleil : un seul soleil éclaire le monde entier sans être modifié par lui, de même que le soi rend connus tout le corps et le mental par la conscience. Les traditions divergent : le soi est-il une conscience universelle unique (Advaita) ou chaque soi individuel est-il distinct mais dépendant de Dieu (Vishishtadvaita et Dvaita) ?"
    },
    {
      "id": "13.35",
      "translation": "Ceux qui, avec l'œil de la connaissance, connaissent ainsi la différence entre le champ et le connaisseur du champ, ainsi que la libération des êtres à l'égard de la prakriti, atteignent le Suprême.",
      "explanation": "Krishna conclut le chapitre 13 en résumant son but : voir clairement la différence entre le champ (kṣetra, le corps et la nature) et le connaisseur du champ (kṣetrajña, le soi conscient). L'expression bhūta-prakṛti-mokṣa peut se comprendre comme la libération des êtres à l'égard de la nature matérielle (prakṛti), ou comme le moyen de libérer les êtres de celle-ci. Ceux qui voient cela avec l'« œil de la connaissance » (jñāna-cakṣus) atteignent le Suprême (param)."
    }
  ]
}
