{
  "chapter": 6,
  "lang": "fr",
  "verses": [
    {
      "id": "6.1",
      "translation": "Celui qui accomplit l’action qu’il faut accomplir sans dépendre de son fruit est à la fois renonçant et yogi ; ce n’est pas celui qui n’entretient aucun feu sacré, ni celui qui n’agit pas.",
      "explanation": "Krishna poursuit son enseignement à Arjuna sur la manière d’agir. Il affirme que la vraie renonciation (saṃnyāsa) et le yoga (discipline de l’esprit) consistent à accomplir le devoir qui convient (kārya karma) sans dépendre de ses résultats (karmaphala). Abandonner le feu rituel (agni) ou cesser d’agir ne suffit pas. Les traditions divergent : « sans feu » et « sans action » désignent-ils des ordres ascétiques précis ou la renonciation extérieure en général ?"
    },
    {
      "id": "6.2",
      "translation": "Ce que l'on appelle renoncement (sannyasa), sache que c'est cela le yoga, ô fils de Pandu. Car nul ne devient yogi sans avoir renoncé aux projets de l'esprit.",
      "explanation": "Krishna poursuit son enseignement à Arjuna et reprend le verset précédent, selon lequel celui qui agit sans s'attacher aux fruits est à la fois renonçant et yogi. Il affirme ici que le renoncement (saṃnyāsa) et le yoga de l'action ne font qu'un dans leur essence. Dans les deux cas, l'essentiel est d'abandonner les projets et désirs égoïstes (saṅkalpa), cette projection mentale de souhaits et de résultats."
    },
    {
      "id": "6.3",
      "translation": "Pour le sage qui désire s'élever au yoga, l'action est dite en être le moyen ; pour ce même sage, une fois établi dans le yoga, le calme est dit en être le moyen.",
      "explanation": "Krishna explique à Arjuna que la voie du yoga (discipline spirituelle) se déploie par étapes. Pour le débutant qui veut s'élever, l'action désintéressée (karma) est la pratique qui forme le mental ; pour celui qui est déjà établi, le calme intérieur (śama) devient le moyen de rester stable. Les commentateurs diffèrent sur les détails : certains comprennent le « calme » comme renoncement à l'action, d'autres comme quiétude intérieure tandis que l'action se poursuit."
    },
    {
      "id": "6.4",
      "translation": "Lorsque l'on n'est plus attaché ni aux objets des sens ni aux actions, et que l'on a renoncé à toute intention et à tout projet, on dit alors que l'on a gravi les degrés du yoga.",
      "explanation": "Krishna poursuit la description du pratiquant qui est passé de l'action au calme intérieur. On dit que quelqu'un est établi dans le yoga (yogārūḍha) lorsqu'il n'a plus d'attachement (saṅga) ni pour les objets des sens ni pour les actes, et qu'il a abandonné tout projet et toute visée intéressée (saṅkalpa). Les commentateurs diffèrent sur l'accent : certains insistent sur le renoncement intérieur au désir tout en continuant d'agir, d'autres sur le retrait de l'activité, mais tous s'accordent sur l'essentiel, la liberté à l'égard de l'attachement."
    },
    {
      "id": "6.5",
      "translation": "Que l'on s'élève par soi-même ; qu'on ne se laisse pas abattre soi-même. Car le soi est l'ami du soi, et le soi est aussi l'ennemi du soi.",
      "explanation": "Krishna enseigne à Arjuna la voie du yoga (l'union disciplinée du mental et du soi) et insiste ici sur la responsabilité personnelle. Le mot pour « soi » (ātman) est employé en deux sens : le mental discipliné et l'effort qui élèvent, et le mental indiscipliné qui entraîne vers le bas. Les commentateurs diffèrent sur la question de savoir si ce « soi » est surtout le mental ou la personne individuelle, mais tous comprennent que l'effort intérieur de chacun décide s'il s'élève ou s'il tombe."
    },
    {
      "id": "6.6",
      "translation": "Pour celui qui a vaincu le soi par le soi, le soi est un ami. Mais pour celui qui ne se maîtrise pas, ce même soi se comporte en ennemi, avec hostilité.",
      "explanation": "Krishna poursuit ses conseils à Arjuna sur la maîtrise de soi, en prolongeant le verset précédent où le soi est à la fois ami et ennemi. Ici le « soi » (ātman) peut s'entendre comme l'esprit et la personnalité, qui sont des alliés quand ils sont disciplinés et des adversaires quand ils ne le sont pas. Certaines traditions, comme l'Advaita, soulignent le Soi supérieur comme guide, d'autres insistent sur l'entraînement de l'esprit et des sens ; le verset permet les deux lectures."
    },
    {
      "id": "6.7",
      "translation": "Pour celui qui a vaincu son moi et qui est profondément en paix, le Soi suprême demeure stable et présent : dans le froid et le chaud, dans le plaisir et la peine, et de même dans l'honneur et le déshonneur.",
      "explanation": "Krishna poursuit : maîtriser le moi inférieur en fait un ami. Celui qui s'est vaincu lui-même (jitātmā) et qui est paisible (praśānta) reste stable face aux contraires : froid et chaud, plaisir et peine, honneur et insulte. Le mot samāhita se lit de deux façons : le Soi suprême est pleinement présent en cette personne, ou celle-ci est pleinement recueillie dans le Soi suprême. Les deux lectures désignent la même stabilité intérieure."
    },
    {
      "id": "6.8",
      "translation": "Le yogi dont le soi est comblé par la connaissance et la réalisation, qui demeure inébranlable et qui a maîtrisé ses sens, est dit établi dans le yoga ; pour lui, une motte de terre, une pierre et l'or se valent.",
      "explanation": "Krishna poursuit la description de celui qui a vraiment atteint le yoga (la discipline spirituelle). Cette personne est comblée par la connaissance (jñāna) et sa réalisation directe (vijñāna), reste inébranlable (kūṭastha) et maîtrise ses sens, si bien que l'or et les choses sans valeur lui paraissent égaux. Les traditions divergent sur ces termes : certaines comprennent jñāna et vijñāna comme le savoir des textes et l'expérience personnelle, d'autres comme la connaissance du soi et de sa manifestation dans le monde."
    },
    {
      "id": "6.9",
      "translation": "Celui dont l'esprit reste égal envers les bienveillants, les amis, les ennemis, les indifférents, les neutres, les personnes détestées et les proches, ainsi qu'envers les bons et les méchants, se distingue entre tous.",
      "explanation": "Krishna vient de décrire le yogi (celui qui pratique la discipline du yoga) comme comblé et stable, voyant du même œil une motte de terre, une pierre et de l'or. Ici, il étend cette égalité d'âme des objets aux personnes. L'esprit égal (samabuddhi) est celui dont le jugement sur autrui n'est pas faussé par l'attirance ou l'aversion. Les commentateurs divergent : pour les uns, cette personne dépasse le yogi décrit plus haut ; pour les autres, elle en est la forme la plus accomplie."
    },
    {
      "id": "6.10",
      "translation": "Que le yogi pratique le yoga sans relâche, demeurant en un lieu retiré, seul, l'esprit et le soi maîtrisés, libre de désirs et de possessions.",
      "explanation": "Après avoir parlé de l'esprit égal en toutes choses, Krishna commence à décrire à Arjuna la pratique de la méditation. Le yogi (celui qui se discipline dans le yoga, l'union par la méditation) doit pratiquer avec régularité, dans la solitude, l'esprit et le corps maîtrisés (yatacittātmā), libre de désirs (āśīḥ) et de tout esprit de possession (parigraha). Les commentateurs divergent : « seul » et « retiré » désignent-ils une solitude physique réelle ou surtout un détachement intérieur ? Le verset permet les deux lectures."
    },
    {
      "id": "6.11",
      "translation": "Ayant installé pour lui-même, dans un lieu pur, un siège stable, ni trop haut ni trop bas, fait d'un tissu, d'une peau de cerf et d'herbe kusha posés les uns sur les autres…",
      "explanation": "Krishna poursuit ses instructions à Arjuna sur la pratique de la méditation (dhyāna-yoga) et décrit ici l'installation matérielle. Le siège doit se trouver en un lieu propre, être stable et de hauteur modérée, avec de l'herbe kusha, une peau de cerf et un tissu superposés. Le verset laisse l'ordre des couches un peu ouvert, et la phrase se poursuit dans le verset suivant, qui explique comment s'asseoir."
    },
    {
      "id": "6.12",
      "translation": "Assis là sur ce siège, rendant le mental concentré sur un seul point, et maîtrisant les activités du mental et des sens, qu'il pratique le yoga pour la purification de soi.",
      "explanation": "Krishna poursuit ses instructions à Arjuna sur la préparation à la méditation ; le verset précédent décrivait le siège, et celui-ci décrit l'état intérieur du pratiquant. Le but est la purification de soi (ātma-viśuddhi), et le yoga désigne ici une méditation disciplinée. Certains commentateurs comprennent le « soi » comme le mental et le cœur, d'autres comme l'ātman, le soi intérieur libéré de toute impureté ; tous s'accordent sur le but : la clarté intérieure."
    },
    {
      "id": "6.13",
      "translation": "Tenant le corps, la tête et le cou droits et immobiles, bien stable, fixant le bout de son propre nez et ne regardant dans aucune direction…",
      "explanation": "Krishna poursuit ses instructions à Arjuna sur la façon de s'asseoir pour méditer (dhyāna-yoga, la discipline qui apaise l'esprit). Il décrit ici la posture : dos, tête et cou alignés et immobiles, le regard fixe et sans errer. Certaines traditions prennent « le bout du nez » au sens littéral, d'autres y voient un regard mi-clos dirigé à peu près là, ou une attention portée entre les sourcils. La phrase se poursuit dans le verset suivant."
    },
    {
      "id": "6.14",
      "translation": "L'esprit apaisé, libre de crainte, ferme dans le vœu de brahmacharya, maîtrisant son mental et fixant sa pensée sur moi, qu'il s'assoie, uni par le yoga, me tenant pour but suprême.",
      "explanation": "Krishna poursuit ses instructions à Arjuna sur la manière de s'asseoir pour méditer, et décrit ici l'état intérieur : un mental calme et sans peur, une conduite disciplinée (brahmacarya, souvent compris comme la chasteté ou, plus largement, la maîtrise de soi) et l'attention fixée sur Krishna comme but. Les traditions divergent sur le sens de « moi » : le Dieu personnel, Krishna, ou le Soi suprême intérieur ; le verset admet les deux lectures."
    },
    {
      "id": "6.15",
      "translation": "Se disciplinant ainsi sans cesse, le yogi à l'esprit maîtrisé atteint la paix qui culmine dans le nirvana et repose en moi.",
      "explanation": "Krishna conclut sa description de la méditation en indiquant à Arjuna quel en est le fruit. Le yogi, celui qui pratique le yoga (discipline spirituelle), maintient son esprit maîtrisé et stable, et atteint ainsi la paix (śānti) dont le sommet est le nirvāṇa, la fin de l’asservissement et de la souffrance. L’expression « repose en moi » est comprise par les traditions dévotionnelles comme la paix trouvée en Dieu, et par les lectures non dualistes comme la paix dans son propre Soi véritable."
    },
    {
      "id": "6.16",
      "translation": "Le yoga n'est pas pour celui qui mange trop, ni pour celui qui ne mange pas du tout ; il n'est pas pour celui qui dort trop, ni, ô Arjuna, pour celui qui veille trop.",
      "explanation": "Krishna enseigne à Arjuna comment pratiquer le yoga méditatif (la discipline qui apaise et stabilise l'esprit), après avoir décrit la paix du yogi. Il met ici en garde contre les extrêmes dans l'alimentation et le sommeil, car l'excès comme la privation troublent le corps et l'esprit. Le verset suivant achève la pensée en recommandant la modération."
    },
    {
      "id": "6.17",
      "translation": "Pour celui qui est modéré dans la nourriture et les loisirs, mesuré dans son effort au cours de ses actions, et modéré dans le sommeil et la veille, le yoga devient le destructeur de la souffrance.",
      "explanation": "Krishna poursuit son conseil à Arjuna, après le verset précédent qui mettait en garde contre les excès dans le manger, le jeûne, le sommeil et la veille. Il présente ici le versant positif : l'équilibre (yukta) dans la nourriture, les loisirs, le travail et le repos. Le yoga, discipline qui apaise l'esprit, met alors fin à la souffrance (duḥkha). Le mot yukta peut aussi signifier « discipliné » ou « approprié », et c'est ainsi que le verset est couramment lu."
    },
    {
      "id": "6.18",
      "translation": "Lorsque le mental, parfaitement maîtrisé, demeure dans le Soi seul, et que l'on est libre de toute convoitise pour tous les objets du désir, alors on est dit établi dans le yoga.",
      "explanation": "Krishna décrit à Arjuna le signe de celui qui a véritablement atteint le yoga (discipline spirituelle, union). Le mental, pleinement maîtrisé (viniyata), repose dans le Soi (ātman) et n'aspire plus à aucun objet de désir (kāma). Les traditions divergent sur le « Soi » : les lectures non dualistes y voient sa vraie nature, identique à l'absolu, et les lectures dévotionnelles l'âme individuelle, tournée vers Dieu."
    },
    {
      "id": "6.19",
      "translation": "Comme une lampe à l'abri du vent ne vacille pas : telle est la comparaison transmise pour le yogi à l'esprit maîtrisé, qui pratique le yoga du Soi.",
      "explanation": "Krishna continue de décrire celui qui est stable dans le yoga (discipline spirituelle, union). Après avoir dit que son esprit repose dans le Soi et qu'il est libre de désir, il donne une image : une lampe à l'abri du vent brûle sans vaciller. De même, l'esprit discipliné reste immobile dans la méditation sur le Soi (ātman). Les traditions diffèrent sur le sens de « le Soi » ici, soi individuel ou Suprême, et le verset ne tranche pas."
    },
    {
      "id": "6.20",
      "translation": "Lorsque l'esprit, maîtrisé par la pratique du yoga, parvient au repos, et que, voyant le soi par le soi, on trouve son contentement dans le soi seul…",
      "explanation": "Krishna continue de décrire à Arjuna celui qui a maîtrisé le yoga, à partir de l'image de la lampe qui ne vacille pas à l'abri du vent. Ici, l'esprit (citta), retenu par une pratique constante, s'apaise, et le yogi trouve son contentement dans le soi (ātman) sans rien chercher à l'extérieur. Les lectures advaita comprennent « le soi voyant le soi » comme le Soi reconnaissant sa propre nature, tandis que les lectures dévotionnelles (vishnouites) y voient souvent l'âme individuelle percevant le Suprême en elle. La phrase se poursuit dans le verset suivant."
    },
    {
      "id": "6.21",
      "translation": "Où il connaît ce bonheur sans limite, que l'intellect peut saisir mais qui est au-delà des sens, et où, une fois établi, il ne s'écarte pas de la réalité…",
      "explanation": "Krishna poursuit la description du yogi dont le mental s'est apaisé par la pratique. Ce bonheur est « sans limite » (ātyantika) et c'est un intellect (buddhi) purifié qui le saisit, non les sens (indriya). Les commentateurs divergent sur tattvataḥ : les uns comprennent « il ne s'écarte pas de sa vraie nature, le Soi », les autres « il ne vacille vraiment pas ». La phrase se poursuit dans le verset suivant."
    },
    {
      "id": "6.22",
      "translation": "L'ayant obtenu, il ne tient aucun autre gain pour supérieur ; et, établi en lui, il n'est pas ébranlé, même par une lourde douleur…",
      "explanation": "Krishna continue de décrire l'état du yogi dont le mental est devenu paisible par la méditation, le bonheur (sukha) sans limite du verset précédent. Il dit que cet état est si complet qu'aucun autre gain ne paraît plus grand, et que même une souffrance sévère ne peut l'ébranler. La phrase se poursuit dans le verset suivant, où cet état reçoit le nom de yoga."
    },
    {
      "id": "6.23",
      "translation": "Sache que cela s'appelle le yoga : la séparation d'avec tout contact avec la souffrance. Ce yoga doit être pratiqué avec une résolution ferme et un mental qui ne se décourage pas.",
      "explanation": "Krishna instruit Arjuna sur la méditation et résume ici l'état qu'il vient de décrire : une joie stable que même la plus grande douleur ne peut ébranler. Il définit le yoga (discipline, union) comme la dissolution (viyoga) du lien avec la souffrance (duḥkha-saṃyoga), et demande de le pratiquer avec une ferme résolution (niścaya) et un mental non abattu (anirviṇṇa-cetas). Les commentateurs divergent sur cette dernière expression : les uns y lisent la persévérance sans désespoir, les autres la pratique sans lassitude devant l'effort ou devant le monde."
    },
    {
      "id": "6.24",
      "translation": "En abandonnant sans exception tous les désirs nés de l'imagination, et en maîtrisant de tous côtés, par le seul mental, l'ensemble des sens…",
      "explanation": "Krishna explique à Arjuna comment pratiquer le yoga de la méditation, qu'il vient de définir comme la libération du contact avec la souffrance. Il indique ici deux étapes : renoncer à tout désir (kāma) né de la projection ou de la résolution mentale (saṅkalpa), et se servir du mental pour tenir les sens en bride de tous côtés. La phrase se poursuit au verset suivant, où la pratique devient un apaisement graduel."
    },
    {
      "id": "6.25",
      "translation": "Peu à peu, qu'il atteigne le calme, avec une intelligence maintenue par la fermeté. Ayant établi le mental dans le Soi, qu'il ne pense à rien.",
      "explanation": "Krishna continue de décrire à Arjuna la pratique de la méditation (dhyāna-yoga). Après avoir renoncé aux désirs et maîtrisé les sens, le pratiquant apaise le mental peu à peu, grâce à l'intelligence (buddhi) soutenue par la fermeté (dhṛti). L'expression « établi dans le Soi » (ātma-saṃstha) est comprise par beaucoup comme un repos dans le Soi intérieur (ātman), tandis que d'autres y voient plus simplement un mental recueilli en lui-même."
    },
    {
      "id": "6.26",
      "translation": "Chaque fois que le mental, agité et instable, s'échappe, qu'il le retienne et le ramène sous contrôle, dans le soi seul.",
      "explanation": "Krishna enseigne à Arjuna comment pratiquer la méditation (dhyāna-yoga, la discipline d'union par l'attention concentrée). Après avoir dit de retirer l'esprit peu à peu, il donne maintenant la méthode : chaque fois que l'esprit s'égare, on le remarque, on le ramène et on le fixe dans le soi (ātman). Les commentateurs divergent : « le soi » désigne-t-il le Soi intérieur ou simplement la maîtrise de soi ? Les deux y voient pourtant une redirection patiente et régulière."
    },
    {
      "id": "6.27",
      "translation": "Car le bonheur suprême vient à ce yogi dont le mental est parfaitement paisible, dont la passion s'est apaisée, qui est sans souillure et devenu Brahman.",
      "explanation": "Krishna décrit le fruit de la discipline du verset précédent, où le mental errant est ramené sans cesse vers le soi. Quand le mental est calme, que l'agitation (rajas, le guna de la passion et de l'agitation) s'apaise et que l'impureté (kalmaṣa) a disparu, le yogi trouve le bonheur suprême (sukham uttamam). « Devenu Brahman » (brahmabhūta) est lu par les traditions non dualistes comme la réalisation de l'identité avec Brahman, et par les traditions dévotionnelles comme le partage de la nature de Brahman tout en restant distinct."
    },
    {
      "id": "6.28",
      "translation": "Ainsi, en tenant toujours le soi appliqué à la discipline, le yogi, libéré de toute impureté, goûte sans peine le contact avec Brahman, un bonheur sans limite.",
      "explanation": "Krishna poursuit son enseignement à Arjuna sur la méditation, à partir du verset précédent. Le yogi (celui qui pratique l'union disciplinée du soi avec la réalité suprême) qui garde son mental constamment appliqué se libère de l'impureté (kalmaṣa) et entre en contact avec Brahman, la réalité ultime. Les lectures non dualistes comprennent ici Brahman comme l'identité du soi avec l'absolu, les traditions dévotionnelles comme la proximité de Dieu ; toutes s'accordent sur le fait qu'il s'agit d'une joie durable."
    },
    {
      "id": "6.29",
      "translation": "Celui dont le soi est fermement établi dans le yoga voit le Soi présent en tous les êtres, et tous les êtres dans le Soi ; partout, il regarde d'un œil égal.",
      "explanation": "Krishna décrit ici celui qui s'est établi dans le yoga (union, méditation disciplinée), à la suite de la joie du contact avec Brahman évoquée au verset précédent. Cette personne voit le Soi (ātman) présent en chaque être et chaque être présent dans le Soi, et regarde donc tous avec la même considération (samadarśana). Les lecteurs de l'Advaita y voient l'unité du Soi avec tout, tandis que les traditions dévotionnelles y lisent le fait de voir chaque être en relation avec Dieu ; le verset introduit les paroles de Krishna sur le fait de le voir partout."
    },
    {
      "id": "6.30",
      "translation": "Celui qui me voit partout et voit tout en moi, pour lui je ne suis jamais perdu, et lui n’est jamais perdu pour moi.",
      "explanation": "Krishna poursuit la description du yogi du verset précédent, qui voit le même Soi en tous les êtres. Ici il parle à la première personne : pour celui qui le voit en toute chose et voit toute chose en lui, il n’y a aucune séparation (le verbe praṇaśyati signifie « se perdre » ou « périr »). Les traditions théistes y lisent un lien personnel entre Dieu et le dévot, tandis que les lectures non dualistes y voient la réalisation que le Soi et le divin ne font qu’un."
    },
    {
      "id": "6.31",
      "translation": "Celui qui, établi dans l'unité, m'adore comme demeurant en tous les êtres, ce yogi, quelle que soit sa manière de vivre, vit en moi.",
      "explanation": "Krishna continue de décrire celui qui le voit partout. Ce yogi (celui qui s'exerce à l'union avec le divin) adore Krishna comme présent en chaque être, fermement établi dans l'unité (ekatva). Aussi, quelles que soient sa conduite extérieure ou ses circonstances, il demeure en Krishna. Les traditions divergent : certaines comprennent cette unité comme une identité non duelle, d'autres comme une union de dévotion avec un Dieu distinct, et le verset se lit des deux façons."
    },
    {
      "id": "6.32",
      "translation": "Celui qui, ô Arjuna, voit tous les êtres de façon égale en se prenant lui-même pour mesure, que ce soit dans le plaisir ou dans la peine, ce yogi est considéré comme le plus élevé.",
      "explanation": "Krishna continue de décrire le yogi (celui qui pratique le yoga, la discipline spirituelle) : le yogi suprême juge les autres à partir de lui-même (ātmaupamya). Comme il aime le plaisir et fuit la peine, il voit que tous les êtres ressentent la même chose, et il prend leurs joies et leurs peines pour les siennes. Les commentateurs diffèrent sur l'accent : certains y lisent la vision du Soi unique en tous les êtres, d'autres une empathie éthique et compatissante envers tous."
    },
    {
      "id": "6.33",
      "translation": "Ce yoga d'équanimité que tu as enseigné, ô Madhusudana, je ne vois pas comment il pourrait demeurer ferme et stable, à cause de l'agitation de l'esprit.",
      "explanation": "Arjuna répond à l'enseignement de Krishna sur le fait de regarder tous les êtres avec une égale considération (verset précédent). Il doute de pouvoir maintenir ce yoga (l'union disciplinée de l'esprit avec le Soi) de façon stable, car l'esprit (manas) ne cesse de bouger. Cette objection introduit sa célèbre description de l'esprit comme agité et difficile à maîtriser."
    },
    {
      "id": "6.34",
      "translation": "Le mental, ô Krishna, est instable, turbulent, puissant et obstiné. Je pense qu'il est aussi difficile de le maîtriser que de retenir le vent.",
      "explanation": "Arjuna répond à l'enseignement de Krishna sur le yoga (l'union disciplinée par la méditation) en exprimant un doute : le mental (manas) lui semble trop indocile pour être apaisé. Il le décrit comme instable, turbulent, fort et obstiné, et compare sa maîtrise à l'effort de saisir le vent. Krishna lui répond dans le verset suivant."
    },
    {
      "id": "6.35",
      "translation": "Sans aucun doute, ô toi aux bras puissants, le mental est agité et difficile à retenir. Mais on parvient à le maîtriser, ô fils de Kunti, par la pratique constante et par le détachement.",
      "explanation": "Arjuna vient de dire que le mental est aussi difficile à maîtriser que le vent. Krishna lui donne raison, puis propose le remède : la pratique constante (abhyāsa), c'est-à-dire l'effort répété pour fixer le mental sur un seul point, et le détachement (vairāgya), qui consiste à relâcher l'emprise des désirs et des objets des sens. Les deux agissent ensemble pour amener le mental sous contrôle."
    },
    {
      "id": "6.36",
      "translation": "Le yoga est difficile à atteindre pour celui dont le mental n'est pas maîtrisé : telle est mon opinion. Mais celui qui se domine et persévère peut l'atteindre par les moyens appropriés.",
      "explanation": "Krishna répond à la crainte d'Arjuna que le mental soit trop agité pour être maîtrisé. Il donne son avis : le yoga (l'union disciplinée du soi avec la réalité suprême) est très difficile sans maîtrise de soi (saṃyama), mais il est à la portée de celui qui a dompté son mental et continue ses efforts. Les « moyens appropriés » (upāya) renvoient au verset précédent : la pratique constante (abhyāsa) et le détachement (vairāgya)."
    },
    {
      "id": "6.37",
      "translation": "Celui qui a la foi mais ne s'efforce pas, dont le mental s'est écarté du yoga, et qui n'atteint pas la perfection du yoga, quelle destinée connaît-il, ô Krishna ?",
      "explanation": "Arjuna vient d'entendre que le yoga (l'union disciplinée du mental avec le Soi) est difficile à atteindre sans maîtrise de soi. Il interroge maintenant sur une personne sincère dont l'effort faiblit et dont le mental s'égare avant d'atteindre la perfection (saṃsiddhi). Il veut savoir ce qu'il lui advient après la mort ; Krishna répond dans les versets suivants."
    },
    {
      "id": "6.38",
      "translation": "Déchu des deux voies, ne périt-il pas comme un nuage déchiré, ô toi aux bras puissants, sans aucun appui, égaré sur le chemin vers Brahman ?",
      "explanation": "Arjuna interroge Krishna sur celui qui s'engage avec foi dans la voie du yoga (la discipline spirituelle) mais perd sa concentration avant d'avoir réussi. Il craint que cet homme ait perdu à la fois les fruits de ce monde et le progrès spirituel, et qu'il se dissipe comme un nuage déchiré qui se défait dans le ciel. Brahman désigne ici la réalité suprême ; les commentateurs divergent : les « deux voies » sont soit l'action dans le monde et le renoncement, soit la vie mondaine et la libération."
    },
    {
      "id": "6.39",
      "translation": "Ô Krishna, il te revient de trancher entièrement ce doute qui m'habite, car nul autre que toi ne saurait le dissiper.",
      "explanation": "Arjuna vient de demander ce qu'il advient de celui qui s'engage sur la voie du yoga (la discipline spirituelle) sans l'achever : est-il perdu comme un nuage déchiré, sans appui ni dans le monde ni dans le spirituel ? Il demande ici à Krishna de dissiper entièrement ce doute (saṃśaya), car nul autre n'en est capable. La réponse de Krishna commence au verset suivant."
    },
    {
      "id": "6.40",
      "translation": "Fils de Pritha, il n’y a pour lui aucune perte, ni en ce monde ni dans l’autre. Car nul de ceux qui font le bien, cher ami, ne connaît jamais une mauvaise fin.",
      "explanation": "Arjuna vient de demander ce qu'il advient de celui qui s'engage avec foi sur la voie du yoga (la pratique spirituelle disciplinée) mais s'en écarte avant d'atteindre le but. Krishna le rassure : cette personne n'est pas perdue, ni dans cette vie ni après elle. Celui qui fait le bien (kalyāṇa-kṛt) ne va jamais vers une mauvaise destinée (durgati)."
    },
    {
      "id": "6.41",
      "translation": "Après avoir atteint les mondes de ceux qui ont accompli de bonnes actions et y avoir demeuré de longues années, celui qui s'est écarté du yoga renaît dans la maison de personnes pures et prospères.",
      "explanation": "Krishna répond à l'inquiétude d'Arjuna sur le sort de celui qui commence sincèrement le yoga (la discipline spirituelle) sans l'achever. Cette personne jouit d'abord des mondes des vertueux (puṇya-kṛt), puis renaît dans une famille bonne et aisée. Les commentateurs comprennent en général « années éternelles » (śāśvatīḥ samāḥ) comme un temps très long, et non littéralement pour toujours."
    },
    {
      "id": "6.42",
      "translation": "Ou bien il naît dans la famille de yogis dotés de sagesse. Une telle naissance est, en vérité, encore plus difficile à obtenir en ce monde.",
      "explanation": "Krishna poursuit sa réponse au doute d'Arjuna sur celui qui commence le yoga (discipline spirituelle) sans l'achever dans cette vie. Outre la naissance dans un foyer pur et prospère (verset précédent), cette personne peut naître dans une famille de yogis sages. Krishna dit que cette seconde naissance est plus rare, car elle offre le cadre le plus favorable pour reprendre la pratique."
    },
    {
      "id": "6.43",
      "translation": "Là, il retrouve le discernement qu'il avait acquis dans son corps précédent, et dès lors il s'efforce encore davantage vers l'accomplissement parfait, ô joie des Kurus.",
      "explanation": "Krishna répond à l’inquiétude d’Arjuna au sujet de celui qui meurt avec son yoga (discipline spirituelle) inachevé. Né dans une famille de yogis sages, il retrouve la compréhension spirituelle (buddhi-saṃyoga) cultivée dans sa vie précédente. S’appuyant sur elle, il s’efforce de nouveau vers l’accomplissement parfait (saṃsiddhi), qui est la libération."
    },
    {
      "id": "6.44",
      "translation": "Par cette même pratique antérieure, il est entraîné vers le yoga, même malgré lui. Et même celui qui cherche seulement à connaître le yoga va au-delà de la parole védique (shabda-brahman).",
      "explanation": "Krishna poursuit sa réponse à Arjuna sur le sort de celui qui commence le yoga (discipline spirituelle) mais meurt avant de l'achever. Il dit ici que la pratique d'une vie passée le ramène vers le yoga, même contre sa volonté, et que le simple désir de connaître le yoga mène déjà au-delà de la « parole védique » (śabda-brahman), c'est-à-dire des Védas et de leur enseignement rituel. Les commentateurs divergent sur ce dépassement : il s'agit soit d'aller au-delà des fruits du rituel, soit de surpasser la simple étude des textes."
    },
    {
      "id": "6.45",
      "translation": "Mais le yogi qui s'efforce avec une application constante, purifié de ses fautes et parvenu à la perfection au fil de nombreuses naissances, atteint alors le but suprême.",
      "explanation": "Krishna répond à l'inquiétude d'Arjuna : le yogi qui échoue est-il perdu ? Il dit que celui qui persévère avec un effort sincère se purifie peu à peu de ses impuretés (kilbiṣa) et mûrit au fil de nombreuses vies, jusqu'à atteindre le but suprême (parā gati), compris comme la libération. Les traditions divergent : ce but est-il l'union avec l'absolu impersonnel ou avec un Dieu personnel ? Le verset ne tranche pas."
    },
    {
      "id": "6.46",
      "translation": "Le yogi est supérieur aux ascètes, et on le tient pour supérieur même aux hommes de savoir ; le yogi est aussi supérieur à ceux qui accomplissent les rites. Deviens donc yogi, Arjuna.",
      "explanation": "Krishna conclut son enseignement à Arjuna sur la méditation et le fruit de l'effort du yogi. Il place le yogi, celui qui s'unit au divin par une pratique disciplinée (yoga), au-dessus de l'ascète (tapasvin), du savant (jñānin) et de celui qui s'adonne à l'action rituelle (karmin). Les traditions divergent sur jñānin : certains y voient un érudit des Écritures, d'autres un connaisseur du soi. Dans tous les cas, Krishna termine par un appel direct à Arjuna : devenir yogi."
    },
    {
      "id": "6.47",
      "translation": "Parmi tous les yogis, celui qui, le cœur intérieur absorbé en moi, m’adore avec foi, est selon moi le plus parfaitement uni.",
      "explanation": "Ce verset clôt le chapitre 6. Krishna vient de dire à Arjuna que le yogi (celui qui pratique le yoga, union disciplinée avec le divin) est supérieur aux ascètes, aux savants et aux officiants de rites. Il désigne maintenant le meilleur de tous : celui qui l’adore (bhajate) avec foi (śraddhā), l’esprit entièrement absorbé en lui. Les traditions divergent sur le « moi » : les écoles dévotionnelles y voient un Dieu personnel, les lectures non dualistes le Soi suprême."
    }
  ]
}
